Confidences de Theresa, l’une de nos fidèles traductrices anglaises

Par Shane Hartford | 5 février 2020 Confidences de Theresa, l’une de nos fidèles traductrices anglaises

Bonjour Theresa. Peux-tu nous dire quelle est ton activité professionnelle ?

Je suis traductrice freelance depuis vingt-trois ans. Il y a très longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, j’étais cantatrice.

Quelles études as-tu faites ? Pourquoi as-tu appris le français ?

Je suis spécialisée surtout dans la musique, et aussi la littérature. Je n’avais pas parlé le français « officiellement » depuis l’âge de 15 ans en Angleterre ! Je l’avais abordé pour de vrai beaucoup plus tard, d’abord parce que j’étais venue vivre en France, et après parce que c’était la langue la plus pratique pour communiquer avec mon deuxième mari (un Français). En fait, c’était surtout lui qui était mon « école », à part la France elle-même. Je lui dois beaucoup.

Comment t’es venue l’idée de devenir traductrice indépendante ?

Un moment difficile dans ma vie… Un divorce, le besoin d’avoir un moyen de gagner ma vie – à ce stade-là, le chant n’était plus possible – et je n’avais aucune idée de quoi faire. J’ai toujours aimé les mots et la littérature, j’ai chanté dans plein de langues, j’ai écrit des vers et des histoires toute ma vie, et j’avais travaillé comme rédactrice pour un dictionnaire pendant plusieurs années – mais comment utiliser tout ça ? J’étais complètement perdue. Et puis, un ami m’a dit « pourquoi pas la traduction ? ». J’avais fait du latin au lycée, et j’avais toujours adoré la traduction, thème et version, et sa suggestion a été le déclic. Du coup,j’ai passé un diplôme à l’Université Américaine de Paris, et ça a été le meilleur investissement de ma vie ! J’ai eu énormément de chance : ça a marché tout de suite – grâce à ce diplôme, c’est sûr, mais surtout grâce aux gens que j’ai rencontrés en le faisant.

Comment se déroule une traduction ?

Je vérifie que c’est dans mes cordes, déjà – et si oui, je fais un premier jet. Pour moi, comme pour beaucoup de traducteurs (ou probablement tous), j’aime avoir assez de temps pour pouvoir le « mettre au frigo » pour au moins un jour (ou quelques heures, même). Le nombre de problèmes de compréhension qui se résolvent tout seul simplement avec un peu de recul est incroyable – et souvent le mot juste que l’on cherche désespérément sur le coup revient automatiquement sans la pression. Aussi, s’il y a des termes techniques difficiles, etc. – on a le temps de poser des questions au client. Puis, le deuxième jet, où j’élimine le superflu, je peaufine le style – et pour ma satisfaction personnelle, et pour le ton du texte – et bien sûr, il faut vérifier l’orthographe et d’autres erreurs. Puis, une troisième révision. Mais en fait le processus est sans fin, on ne peut jamais trop relire, et il faut savoir quand s’arrêter. Il y a autant de façons de faire – surtout avec un texte rédactionnel (mes préférés) – qu’il y a de traducteurs… 

Les différences culturelles entre français et britannique donnent-elles du fil à retordre pour la traduction ?

Oui, parfois. Une des bêtes noires des traducteurs c’est le système éducatif – les diplômes, les certificats, les licences, etc. – où souvent il faut écrire toute une thèse pour décrire quelque chose qui est évident pour un Français mais pas pour un anglo-saxon. Sinon, je crois c’est le plus flagrant dans les expressions, les tournures de phrases – parfois il y a des équivalents, souvent non – mais en fait j’adore ce genre de défi, et surtout de trouver des solutions pour les jeux de mots. Si je suis défaite par un calembour, je fais une déprime !

Est-ce que tu notes une évolution du type de projets de tes clients ?

Pas vraiment, je dois dire. Peut-être parce que je fais ce métier depuis très longtemps, et que tout le monde a ses habitudes !

Qu’est-ce qui est difficile dans ton métier, mais également, qu’est-ce que tu aimes le plus ?

Évidemment, être très solitaire n’est pas toujours facile, mais en même temps, ça peut être très agréable. Ce que j’aime c’est pouvoir utiliser mon temps comme je veux. Si j’ai envie de ne pas travailler dans la journée, mais plutôt la nuit, je peux (et ça arrive !). Je peux prendre mes vacances à un moment où ça me convient (l’inconvénient c’est de ne pas être payée !). Dans le métier même, la chose que j’adore, vraiment, c’est qu’on apprend quelque chose de nouveau tout le temps, et une chose qui m’amuse aussi c’est que TOUT apporte de l’eau à son moulin, d’une façon ou d’une autre. On ne sait jamais quand une pépite d’information aléatoire peut servir dans une traduction.

Parfois je regrette que les clients abusent un peu du fait que les choses sont beaucoup plus rapides maintenant, ce qui les conduit à demander des traductions au dernier moment. Ils auraient toujours une meilleure qualité si les traducteurs ont assez de temps pour peaufiner leurs textes.

À part ça, et j’espère que je ne suis pas la seule, l’évolution exponentielle de la technologie est très – trop – rapide, je trouve. Heureusement, je bosse pour TradOnline, qui m’aide avec tout cela ! Mais c’est aussi un problème pour la société en général.

Est-ce que tu penses que le métier de traducteur est un métier d’avenir ?

Oui. Même si les machines à traduire deviennent de plus en plus efficaces, l’élément humain est toujours indispensable, je pense, pour donner du sens et du style. On n’est pas encore dans une situation comme dans 1984 de George Orwell, où un des personnages dit « La destruction de la langue est une belle chose ». Ça fait froid dans le dos ! Cela dit, bien sûr les traducteurs doivent s’adapter aux changements technologiques dans le métier. Qui peuvent être très bien, d’ailleurs ! 

Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui souhaiterait s’orienter vers les métiers de la traduction ?

Tout apporte de l’eau à son moulin, comme j’ai dit… Donc on peut venir à la traduction depuis beaucoup de disciplines, je pense. Mais je ne me sens pas vraiment qualifiée pour donner des conseils à ce stade de ma vie. Le métier a changé énormément depuis mes débuts ; je pense que c’est plus dur pour les jeunes maintenant, avec toutes les compétences et les technologies qui sont apparues ces dernières années. Quand j’ai commencé, le fax était déjà un miracle – et Internet, le mail, Google et tout et tout et tout n’existaient même pas !

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Oui – en gros, j’aime vraiment ce métier ; je me sens extrêmement privilégiée de pouvoir le faire. En plus, les gens de TradOnline sont adorables. Et ça n’est vraiment pas rien…


MadameMonsieur