Cet article est traduit et résumé de l’article anglais suivant : https://thirtyk.com/2018/07/24/cryptocurrency-language-barrier/, écrit par Terena Bell – 24 juillet 2018

 

L’anglais a été la langue utilisée dès le départ dans la communauté des utilisateurs de cryptomonnaies. Des études montrent aujourd’hui que l’utilisation unique de l’anglais pourrait freiner la croissance de ces dernières.

Les partisans des cryptomonnaies ont longtemps vanté la capacité de celles-ci à transcender les frontières nationales. Mais aujourd’hui, on se rend compte que la barrière de la langue est un frein à la croissance de ces devises.

Si les bitcoins (BTC) ont été si populaires en Chine, c’est grâce à la langue dans laquelle ils étaient vendus. C’est en tout cas ce qu’a déclaré Meltem Demirors, directrice de la stratégie de la société CoinShares, lors de la conférence Brains and Chains qui s’est tenue le mois dernier à New York.

En effet, ce n’est qu’après la traduction du manuel de Satoshi Nakamoto (livre blanc de référence sur les bitcoins) en chinois simplifié, que le marché a décollé.

 

Acheter une cryptomonnaie sans comprendre ce que vous achetez est une véritable preuve de confiance

La langue, selon Mme Demirors, est l’un des défis les plus intéressants de la blockchain.

Le problème n’est pas seulement un souci de traduction. La communauté des cryptomonnaies a longtemps fait face à la nécessité de mieux définir et de limiter l’étalement de sa terminologie florissante et souvent confuse. Pour continuer à croître, les cryptomonnaies doivent être compréhensibles et accessibles. Sinon, elles auront du mal à se vendre sur toute la planète.

« La communauté a été très anglophone et centrée sur les États-Unis. Mais aujourd’hui il y a des petites communautés qui surgissent dans différentes parties du monde avec des protocoles vraiment optimisés pour les langues, les cultures et les coutumes locales », indique Mme Demirors. La cryptomonnaie Waves, qui, selon elle « est fortement axée sur la communauté de l’Europe de l’Est », en est un exemple.

Les sites web de cryptomonnaies bien connues sont déclinés en plusieurs langues, mais souvent en nombre limité. Par exemple, bitcoin.org, site créé par les fondateurs de la monnaie éponyme, offre de la documentation en anglais, italien, russe, suédois et 2 variantes d’espagnol.

 

L’accessibilité compliquée aux contenus est un frein au commerce

cryptomonnaiesPour les sites qui échangent ou stockent des cryptomonnaies pour le compte de leurs clients, le manque de langues peut réduire leur marché potentiel. Don DePalma, directeur de la stratégie de la société de recherche en traduction Common Sense Advisory, a déclaré : « Les acheteurs ne se fient qu’à leur propre langue lorsqu’ils achètent des articles de grande valeur. Dans le dernier sondage de CSA (Common Sense Advisory), « Can’t Read, Won’t Buy », 64 % des consommateurs qui disent bien parler anglais refusent d’acheter des services financiers sur des sites qui ne sont pas dans leur langue maternelle. « Ce chiffre passe à 86 % pour les personnes qui maîtrisent moins bien l’anglais », a ajouté M. DePalma.

 

Par conséquent, selon Mme Demirors, « même si nous construisons des réseaux qui fonctionnent à l’échelle mondiale, nous localisons également notre site, en raison de la barrière la langue ». Un graphique de Morgan Stanley sur le volume des transactions en cryptomonnaies révèle que six des sept principales langues officielles des pays utilisateurs sont l’anglais : Malte, Belize, les Seychelles, les États-Unis, les îles Vierges britanniques et Hong Kong. Passé les sept premiers pays, le nombre de transactions chute de manière impressionnante, et il s’agit de pays non anglophones.

 

La traduction n’est pas la seule solution, cela passe aussi par la vulgarisation

DePalma n’est pas sûr que la traduction seule puisse réunir les différentes communautés de cryptomonnaies : « L’idée de Meltem Demirors selon laquelle le problème est le « manque de traduction » masque la véritable raison de la lente croissance de la blockchain en Chine [et ailleurs], qui est le manque d’informations sous une forme que les utilisateurs potentiels peuvent comprendre », a-t-il affirmé.

« Il n’y a pas beaucoup de communication entre les gens qui construisent des protocoles et les gens qui construisent des applications et les utilisent », selon Mme Demirors, et cela crée un fossé qui freine l’investissement dans les cryptomonnaies, même pour les anglophones de langue maternelle.

« Je pense que la plupart des gens, lorsqu’ils s’engagent dans leur toute première transaction dans la blockchain, sont vraiment nerveux », explique-t-elle. « Je sais que la première fois que j’ai dépensé plus de 100 $ en bitcoin, j’ai vérifié l’adresse au moins 30 fois et j’ai transpiré jusqu’à ce que les six confirmations [le nombre requis pour bitcoin] soient validées. »

Certes, ne pas avoir d’informations ou d’échange dans leur langue est préoccupant pour les acheteurs potentiels. Mais comme l’a dit DePalma, « la blockchain est tellement complexe que le fait d’obtenir des informations dans notre langue pourrait ne pas suffire à en saisir pleinement les avantages et les inconvénients. »

Il ajoute que barrière de la langue ou non, acheter une cryptomonnaie « sans comprendre ce que vous achetez est une véritable preuve de confiance. »

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