Interview de Caroline, fidèle traductrice de TradOnline.

Bonjour Caroline. Peux-tu nous dire quelle est ton activité professionnelle ?

Je suis traductrice indépendante. Originaire de la Grande-Bretagne, je travaille du français vers l’anglais britannique et je me spécialise dans le marketing, la communication et les contrats, principalement pour l’industrie agro-alimentaire.

Quelles études as-tu faites ? Pourquoi as-tu appris le français ?

Je commence par te dire pourquoi j’ai appris le français, parce que c’est à la base de tout ! J’ai appris le français à l’école à partir de 11 ans, mais j’avais déjà un intérêt particulier pour cette langue. J’ai passé toutes mes vacances d’enfance chez mes grands-parents dans les Iles Anglo-Normandes. Historiquement, ces îles étaient francophones, et bien que l’anglais prime de nos jours, l’influence du français reste très forte, dans les patronymes, les noms de rue, les lieux-dits, …
1A 12 ans, j’ai passé une journée à Boulogne-sur-Mer avec une association de jeunes de ma ville, et j’ai réussi à me commander une glace chez un boulanger, en français, toute seule. Ce fut le déclic !

Plus tard, j’ai voulu poursuivre le français en études supérieures. Ma conseillère d’orientation m’a convaincue de choisir un double cursus, et me voilà donc partie à Bath pour étudier le management international ainsi que le français. Cette formation proposait aux étudiants d’apprendre les bases de la gestion d’entreprise, tout en devenant quasiment bilingue. Et ça a marché, grâce à une troisième année passée en tant qu’assistante de direction dans une entreprise à Paris.

Comment t’es venue l’idée de devenir traductrice indépendante ?

Depuis ce premier séjour à Paris, j’ai toujours travaillé dans des environnements bilingues, ce qui m’a amené à traduire, pour aider mes collègues dans un premier temps. J’ai notamment passé dix ans dans une entreprise britannique en France, spécialisée dans la gestion de centres d’hébergement pour groupes de jeunes. Tous les clients et tout le personnel ainsi que les autres membres de la direction étant anglophones, mes missions principales étaient l’interprétation et la traduction, pour tout contact avec le « monde extérieur », que ce soient les administrations, la ville, les fournisseurs, le médecin, les hôpitaux… Mon installation en tant que traductrice indépendante en fut l’évolution naturelle, et j’ai donc suivi une formation en parallèle afin de me lancer.

2Qui sont tes clients (secteur d’activité) ?

Je passe environ 60 % de mon temps à travailler pour l’industrie agro-alimentaire et 20 % pour l’immobilier. Les 20 % restants sont consacrés à des documents commerciaux pour des secteurs divers et variés.

Comment se déroule une traduction ?

D’abord, avant d’accepter une mission, je vérifie qu’elle correspond bien à mes compétences : ma maîtrise du sujet et de la terminologie. Puis, je commence par lire le document à traduire en entier, ou au moins une partie de chaque section s’il est très long. Ensuite, je recherche sur internet (comment faisaient les traducteurs avant internet ?) des documents du même genre écrits en anglais pour un lectorat anglais, pour m’imprégner du style et me distancer du document français. Ce pourrait être un site web, un communiqué de presse, un rapport, par exemple. Si je ne maîtrise pas complétement la terminologie, je fais des recherches basiques.
Puis je me mets à ma traduction proprement dite, en faisant des recherches sur internet au fur et à mesure. Une fois mon premier jet terminé, je relis ma traduction et le texte d’origine côte à côte, et je peaufine. La traduction reflète-t-elle bien le texte français ? Rien n’a-t-il été oublié ? Rien n’a-t-il été ajouté par inadvertance ou par sous-entendu ? Le contexte culturel est-il bien pris en compte ?

Ensuite, je sors sur papier la version anglaise (en imprimant aussi écologiquement que possible – toujours recto verso, et quand c’est faisable, avec « deux pages sur une »). Si le délai de livraison fixé avec le client le permet, je mets de côté ma traduction pendant au moins une nuit, pour pouvoir la relire avec un œil nouveau. A ma dernière relecture, je me détache du texte français et je me demande si le texte est naturel en anglais. J’effectue les changements qui s’imposent, je fais les vérifications d’orthographe, et je relis une dernière fois. Si j’ai fait un changement, même un seul, je relis encore. Autant de fois qu’il le faut. (Oui, je suis un peu maniaque…)

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Puis, juste avant d’envoyer ma traduction au client, une fois qu’elle est jointe au message électronique, je l’ouvre à nouveau. Je vérifie que c’est le bon document, et je jette un œil dessus une dernière fois pour être sure que rien ne me choque. Et j’appuie sur envoyer !

Les différences culturelles entre français et britanniques donnent-ils du fil à retordre pour la traduction ?

Oui, ça arrive parfois. Je travaille principalement pour l’industrie agroalimentaire. Bien sûr, l’alimentation a une forte dimension culturelle, et ça peut jouer dans les traductions. Par exemple, le goûter est une institution française, qui n’existe pas en tant que tel Outre-Manche. C’est pareil avec les entrées. Bien sûr les Britanniques prennent des fois des entrées, mais ce n’est pas une habitude quotidienne pour la plupart des gens. Donc, pour les produits qui se vendent principalement sur ces créneaux-là, il faut proposer au client de trouver un autre positionnement et d’adapter les textes en fonction.

Les fêtes de fin d’année sont aussi source de différences culturelles. En Grande-Bretagne, il n’y a pas de réveillon le 24 décembre. Les enfants se couchent tôt en attendant que le Père Noël passe. Les adultes les moins organisés finissent d’emballer les cadeaux ce soir-là, et vont peut-être au pub. Donc, dans un texte qui parle de réveillon, il faut trouver un moyen d’adapter le message pour qu’il soit compris.

Est-ce que tu notes une évolution du type de projets de tes clients ?

Oui. J’ai de plus en plus de missions qui correspondent à ma spécialisation, et quasiment plus de missions généralistes. C’est une très bonne nouvelle. Je passe beaucoup de temps à me documenter dans ma spécialisation, et c’est un plaisir de pouvoir mettre les connaissances acquises au service de mes clients, pour leur garantir des traductions fiables, précises et naturelles.

Qu’est-ce qui est difficile dans ton métier mais également qu’est-ce que tu aimes le plus ?

Sans aucun doute, la gestion du temps est ce qu’il y a de plus difficile. Je pourrais travailler 26 heures sur 24 ! Une traductrice indépendante est une chef d’entreprise à part entière. En plus de la traduction des documents, il faut gérer la comptabilité, la communication, la stratégie, la paperasse et l’outil informatique, sans parler de l’actualisation des connaissances par la formation continue et la veille!

4Ce que j’aime le plus, paradoxalement, c’est aussi d’être chef d’entreprise à part entière ! J’adore prendre la responsabilité de réussir mon activité. Cela ne dépend que de moi. J’aime aussi m’organiser comme je le souhaite, et habiter où je veux (grâce à internet).

La traduction est également un travail de réflexion qui entraine beaucoup de recherches. On apprend tous les jours, et même toutes les minutes. C’est passionnant.

Est-ce que tu penses que le métier de traducteur est un métier d’avenir ?

Oui, sans aucun doute. Les échanges commerciaux sont de plus en plus mondialisés, et en même temps les langues étrangères sont moins étudiées (en Grande-Bretagne du moins), donc les cadres de demain auront toujours besoin de traducteurs. Il y a bien sûr la traduction automatisée qui sert pour avoir une idée globale du sens d’un texte dans une langue qu’on ne parle pas parfaitement, mais on est encore très, très loin de concevoir un outil qui remplacera le traducteur avec sa maîtrise de la nuance, du style et de la culture du pays cible.

Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui souhaiterait s’orienter vers les métiers de la traduction ?

5Commencer par étudier autre chose à côté des langues étrangères, et sauter sur toutes les occasions pour rédiger et être relu dans votre langue natale. Puis, partir vivre à l’étranger et travailler dans le secteur qu’on a étudié. Ensuite, se former à la traduction, et s’installer avec une spécialisation parfaitement maîtrisée.

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Oui. Merci beaucoup de m’avoir invitée à participer à cet entretien. C’était un plaisir pour moi de parler de ce métier passionnant.

Caroline L.

Un grand merci de toute l’équipe TradOnline pour ta participation Caroline !