Confidences d’Alessandra, l’une de nos fidèles traductrices italiennes

Par Shane Hartford | 26 février 2020 Confidences d’Alessandra, l’une de nos fidèles traductrices italiennes

Peux-tu nous dire quelle est ton activité professionnelle ?

Ciao ! Je suis traductrice indépendante, je traduis du français et du portugais vers l’italien, qui est ma langue maternelle. Je m’occupe surtout de traductions marketing et techniques, et de localisation web.

Quelles études as-tu faites ? Pourquoi as-tu appris le français ?

Mon parcours s’est déroulé à l’envers : d’abord, j’ai appris le français « sur le terrain », et ensuite, j’ai certifié et complété mes compétences avec une licence en langues étrangères.

Après le bac, je n’avais pas les idées très claires sur ce que je voulais faire, du coup j’ai quitté ma petite ville dans le nord de l’Italie et je suis partie en direction de Paris. Pour être franche, je ne parlais pas un seul mot de français ! J’ai choisi Paris car j’étais, et d’ailleurs je suis toujours, une grande passionnée d’art. Je m’étais dit que là-bas je trouverai peut-être l’inspiration. Oui, c’est un peu un cliché, mais c’est exactement ce qui s’est passé ! Une fois arrivée, je me suis vite rendu compte que j’avais une vraie aisance avec l’apprentissage des langues. À l’époque, je travaillais dans un restaurant italien, et mes collègues français et algériens m’apprenaient toujours de nouveaux mots. Après quelques semaines, je me débrouillais toute seule, et c’est là que j’ai compris que les langues étaient mon avenir.

Je me suis donc inscrite à la fac : j’ai achevé ma licence en langues entre Venise et Paris. Quelques années plus tard, j’ai eu mon master en traduction littéraire à l’université de Lyon, suivi de toute une série de spécialisations dont la traduction technique, la localisation pour le web, la transcréation… En tout, j’ai passé en France environs 8 ans, et sur les livres… autant de temps !

Comment t’es venue l’idée de devenir traductrice indépendante ?

J’ai commencé à traduire en tant que bénévole lors de mes études à Paris, pour un média italien qui publiait la traduction d’articles de presse étrangère. C’était une mini-version locale du Courrier International, sous forme de blog, accessible gratuitement, un très beau projet. Mais je ne pensais pas encore en faire mon métier ! Le déclic est arrivé pendant mon master en sciences politiques, à Venise (oui, les langues ne sont pas ma seule passion !).

Dans ma promo, il y avait un écrivain mozambicain qui faisait partie d’un petit groupe de poètes du Mozambique, pays où l’on parle portugais, langue qu’entretemps j’avais appris. On est devenus amis, et il m’a proposé de traduire pour eux. Moins d’un an après, je me suis retrouvée au Salon International du Livre de Turin à présenter mes traductions de 2 de leurs livres, qui avaient été publiées par un petit éditeur italien. Cette belle expérience, et surtout le plaisir que je prenais à chaque fois que je m’approchais d’un texte à traduire, m’ont définitivement convaincue de me lancer dans ce domaine et d’en faire ma carrière.

Qui sont tes clients (secteur d’activité) ?

Actuellement, je traduis beaucoup dans les domaines textile, cosmétique, électronique et du tourisme, et de plus en plus pour le secteur des énergies renouvelables. J’ai une vraie passion également pour tout ce qui touche aux nouvelles technologies. En tant que traductrice indépendante, je travaille surtout avec des agences de traduction, dont la majorité est basée en France.

Comment se déroule une traduction ?

Tout dépend du type de traduction, du temps et des ressources à ma disposition. En général, tout d’abord j’essaie de comprendre quel type d’approche adopter. S’il s’agit d’un texte technique, comme par exemple un manuel d’usage, je sors mes dictionnaires, les éventuelles traductions sur le même sujet réalisées auparavant, j’essaie de trouver des textes de référence du même type dans ma langue et j’attaque la traduction, segment par segment, avec une attention méticuleuse à la terminologie.

En revanche, pour tout texte de type rédactionnel, il faut d’abord analyser non seulement la structure du texte mais aussi le cible, le message, le support où le texte sera publié, etc. Là, contrairement aux traductions techniques, on s’éloigne du texte source pour switcher en mode créatif.

Puis, si j’ai assez de temps, je laisse « reposer » le texte quelques heures, idéalement une nuit, tout comme une bonne pâte à pizza. Cela me permet de prendre du recul, et de pouvoir ensuite me rapprocher de ma traduction avec un œil plus détaché et critique, de manière à identifier immédiatement les éventuelles erreurs et de voir si le texte traduit est naturel en termes de rythme, contenu, lexique.

Les différences culturelles entre français et italien donnent-elles du fil à retordre pour la traduction ?

Entre le français et l’italien, au niveau culturel il y a plus de similitudes et de parallélismes que de différences. Ce qui parfois me donne du fil à retordre, ce sont les formules de politesse et le choix entre vouvoiement et tutoiement : là oui, on a des approches très différentes entre les 2 pays ! En Italie, on a tendance à se sentir immédiatement « près » de notre interlocuteur et à le tutoyer, dans la vie réelle tout comme sur le web. En France, c’est un peu l’inverse. Moi-même j’ai eu des difficultés lors de mes premiers mois en France : j’ai dû m’efforcer de vouvoyer mes employeurs et collègues. En revanche, pour vous présenter, en France vous vous faites la bise ! Là aussi, pour moi ça a été la catastrophe, ça m’a pris des années pour adopter cette habitude… Et j’ai encore du mal, car en Italie, on se serre la main… Et encore, pas toujours ! Tout cela, ce sont des approches culturelles qu’on retrouve également dans les textes, et ça demande une bonne réflexion avant de démarrer la traduction.

Est-ce que tu notes une évolution du type de projets proposés par tes clients ?

Pour mon plus grand plaisir, j’ai l’impression que les projets sont de plus en plus orientés vers les nouvelles technologies. Les marchés évoluent vers des commerces et des services toujours plus numériques, du coup dans les dernières années j’ai remarqué une hausse des projets liés à la localisation. Et j’en suis ravie, car j’adore ça !

Qu’est-ce qui est difficile dans ton métier mais également, qu’est-ce que tu aimes le plus ?

Ce que j’aime le plus, c’est également ce qu’il y a de plus difficile… C’est-à-dire le fait d’être indépendante. Il faut compter sur soi pour tout, niveau commercial, administratif, comptable. Parfois, cela peut être épuisant. Mais d’autre part, on a une pleine maîtrise de son temps. On peut choisir ses horaires de travail, et surtout le lieu où travailler. Personnellement j’adore voyager : ces dernières années, après avoir quitté la France, j’ai traversé l’Europe de l’Est et l’Asie du Sud-Est, et j’ai un long voyage au Maghreb. J’ai pu faire cela en travaillant régulièrement, faisant le travail que j’aime. Cela vaut bien les petits stress quotidiens de notre activité !

De plus, la traduction me permet d’apprendre constamment, car pour chaque nouveau sujet je suis obligée de faire des recherches, de me former. Franchement, pour moi c’est le meilleur métier au monde.

Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui souhaiterait s’orienter vers les métiers de la traduction ?

Notre métier est artisanal. Du coup, pour s’améliorer et pour être compétitifs, il faut essayer de traduire le plus possible déjà pendant les études, en commençant par exemple en tant que bénévole. Il y a beaucoup d’associations qui ont besoin de traducteurs, mais il y a aussi les blogs, les magazines en ligne… Bref, le web offre plein de possibilités pour démarrer et pour s’affirmer. Puis, participer aux événements dédiés à la traduction (comme la Giornata del Traduttore en Italie, les Assises de la Traduction en France, etc.) pour se former un réseau, qui est fondamental. Et ne jamais cesser de se former, car le marché de la traduction évolue à une vitesse surprenante.

Et enfin, garder toujours à l’esprit que « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». Nous sommes un pont entre cultures différentes, ce qui nous rend indispensables (et privilégiés !) mais également responsables des messages qu’on véhicule. Pour cela, nous devons faire de notre mieux non seulement pour bien connaître les règles de grammaire, mais aussi et surtout pour apprendre, écouter… et respecter les autres cultures.

Souhaites-tu ajouter quelque chose ? Oui, je profite de cette occasion pour remercier la super team de TradOnline, avec laquelle je collabore désormais depuis quelques années. C’est une équipe formidable, et à présent ma plus belle collaboration, tant au niveau professionnel que, surtout, humain. Merci les filles !


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