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Exterminons le curator et réhabilitons le documentaliste !

Ca fait le buzz en ce moment , découvrez un faux nouveau concept : le curator (parfois traduit par curateur), ou comment en reprenant un nouveau mot on pense avoir trouvé un nouveau métier.

 

Ceci est un billet d'humeur, chose rare sur ce blog mais ce sujet me touche particulièrement car il concerne un métier que j'ai pratiqué et aime toujours autant : la documentation.

Mais tout d'abord, qu'est-ce qu'un curator ? Il y a tellement pléthore d'articles sur le sujet que je vous renvoie vers quelques-uns d'entre eux : 

En gros, pour faire simple, et reprendre une définition trouvée sur le billet de TechCrunch

Le “Content Curator” est quelqu’un qui continuellement trouve, regroupe, organise et partage le contenu en ligne le meilleur et le plus pertinent sur un sujet spécifique.

Alors là excusez-moi, mais les bras m'en tombent. Car que fait un documentaliste ? Voyons la définition de l'ADBS (association de référence des professionnels de l'information en France)

Spécialiste de l'information et documentation dont la fonction est de mettre à la disposition des demandeurs d'informations ou des utilisateurs potentiels (sur leur demande ou de sa propre initiative) les documents, extraits de documents et/ou données conceptuelles ou factuelles satisfaisant leurs besoins d'information. 

En gros, le curator est un genre de "sous-documentaliste" qui ne se limite qu'au web là où le documentaliste cherche dans tous types de ressources (car un document n'est pas que matériel, les documents immatériels dont les ressources web sont aussi utilisés).

La fonction documentaire suppose une chaîne d'activité allant de la collecte à la diffusion de l'information, en passant par un classement de celle-ci. L'information collectée est ciblée sur un sujet spécifique car elle s'adresse à un public donné. Elle est de nature diverse, mais a été organisée par une personne humaine. Elle a été analysée en toute objectivité pour être restituée dans un format exploitable par quelqu'un qui n'a pas le temps de faire ce travail (typiquement : une direction d'entreprise, un enseignant, un journaliste). 

De nouveaux mots apparaissent régulièrement dans notre langue et c'est une excellente chose, même si parfois on a tendance à utiliser l'anglais très présent dans les affaires pour des concepts qui existent et ont un terme en français : feedback, challenge, brainstorming, au lieu de retour, défi, réflexion. Qu'un mot vienne de l'étranger, pourquoi pas ? doppelganger, vuvuzela, crowdsourcing… n'ont pas d'équivalent dans notre langue. Mais qu'on ne présente pas un nouveau terme (très laid par ailleurs en français, mélange de "curer" et "Terminator") comme étant un nouveau métier quand il y a des gens qui exercent déjà cette activité et qui mériteraient – enfin – une reconnaissance.

8 Commentaires

  1. Personnellement je vois documentaliste comme un sous-mot de curator.  Tout comme l'origine du mot "curator" qui est pour chercher, choisir et soigner une collection d'art dans un musée ou livres dans une bibliothèque ou encore animaux dans un zoo, le curator sur le net va plus loin que le document.  Un curator va établir les bonnes sources (un feed RSS), il/elle va filtrer les bonnes vidéos et images, et enfin il fera aussi le tri sur les tweets, les blogs etc.  Ceci n'est pas forcément en réponse à une demande d'information, mais aussi dans un but de divertissement, d'éducation…
    C'est vrai que le mot "curator" sonne un peu faux (le curé, une curation…), mais le terme est fort puis qu'il fait référence à l'énormité des options et le besoin de faire des choix.

  2. Merci pour ce retour ! Votre point de vue est intéressant mais encore une fois, j'ai l'impression que ça confirme mes dires, car que sont les flux RSS, les vidéos, les images, etc si ce n'est des documents ? Un document est défini comme un "ensemble formé par un support et une information, généralement enregistré de façon permanente, et tel qu'il puisse être lu par l'homme et la machine" (selon l'Organisation Internationale de Normalisation). Un tweet est un document. Un billet de blog est un document. Tout comme l'est une oeuvre d'art : il faut vraiment l'entendre au sens large. Auquel cas l'énormité des choix est bien plus importante pour le documentaliste qui va chercher partout y compris en dehors du Net.
    En revanche documentaliste est bien un métier, et si le curator intervient "dans un but de divertissement, d'éducation…" c'est également le cas des documentalistes dans certains contextes (écoles et musées notamment). Donc au final, je vais tourner les choses autrement : le curator est un documentaliste amateur ;) Non ?

  3. Votre point de vue me fait penser au titre du journaliste.  Est-ce qu'un tweet, une photo ou un billet d'analyse sur un événement par un "amateur" peut constituer du journalisme?  Un amateur serait défini par le fait qu'il n'en gagne pas d'argent…?
    Un document au sens large, pourquoi pas… Mais, quoiqu'il en soit, je pense que le role et le talent d'un documentaliste doit bien s'adapter pour rester à jour avec l'actualité — car, en premier, il n'y a pas encore du texte derrière la vidéo ou l'image pour faciliter sa tache.  Et il aura un bon travail à faire pour se rendre visible et crédible au vue de la population qui le/la suivrait pour sa bonne "filtration" (pour ne pas utiliser le mot 'curation') des informations.  
    Par ailleurs, le divertissement est un moyen formidable de passer des informations.

  4. Non, le curateur n'est pas un sous-documentaliste. Là où le documentaliste va répertorier et conserver l'ensemble des documents qui a trait à un sujet donné, le curateur va sélectionner ces documents. A quoi bon publier trois articles sur le même thème ? Le curateur va lire les 3 et ne retenir que celui qui lui semble le plus pertinent à son sens. La où le documentaliste va sans doute chercher l'exhaustivité sur un thème donné, le curateur va sélectionner.
    Autre différence : un documentaliste traite de tous un tas de sujets. Un curateur va se limiter à quelques-uns.
    Là où je vous rejoints c'est qu'effectivement aujourd'hui le curateur, contrairement au documentaliste, n'est pas un métier. Et oui, le curateur se limite au net, alors que le documentaliste cherche de partout. En ce qui concerne la presse cependant, force est de constater que l'on peut très bien retrouver les articles papier sur le net.
    Il ne s'agit donc pas d'opposer documentaliste et curateur, ni de dévaloriser le travail du documentaliste. Ils n'ont tout simplement pas les mêmes fonctions ni les mêmes objectifs.

  5. Et oui, le débat fait rage en ce moment.
    La curation (chez Pearltrees – dont je fais partie – on propose de traduire le terme américain par édition) recouvre une activité très ancienne aussi vieille que les médias celle de sélectionner, organiser et partager… Les métiers qui relèvent de cette activité sont nombreux, commissaire d'exposition, documentaliste, directeur des programmes, programmateur et même DJ (David Guetta si tu nous entends).
    Alors pourquoi est-ce qu'on nous bassine avec ce nouveau mot venu d'outre atlantique? Parce qu'il me semble qu'il y a un enjeu nouveau lié à ce qui jusque là était un métier réservé à une élite : la démocratisation du noble métier d'éditeur. Et si nous pouvions tous éditer?
    Je crois qu'ici est la vraie raison de l'agitation. Il y a presque 10 ans les plateformes de blogs lançaient la démocratisation de l'écriture, sommes-nous en train d'assister à la naissance de la démocratisation de l'édition? Chez Pearltrees nous pensons sérieusement que oui.

  6.  
    François, intéressant. En effet, un souffle de démocratisation "tout azimut et sans frontière" est en cours…et c'est très bien. Sur notre sujet, écriture, édition, oui, et même diffusion, monétisation, etc. 
    Une question peut cependant subsister (voir beaucoup de questions en fait, à voir les débats agités) : à vouloir tout démocratiser, à refuser un peu en bloc (mais on sait pourquoi, cf les abus de tout poil) l'expertise dès qu'elle devient un petit peu trop "en vue" (comme certains blogueurs qui en ont trop fait il y a quelques années…) , je me demande si on ne tire pas trop vers la "bonne grosse moyenne" et si cela ne nivelle pas un peu trop les choses. 
    Ce qui est par contre salutaire et une vraie nouveauté, c'est que cela permet à tout le monde de tenter sa chance (bcp moins de barrières corporatistes, d'experts se protégeant, d'endogamie rampante). Les outils sont dispo. Les lieux de communication et propagation nombreux. Donc tout le monde peut se lancer. La sélection se fait à postériori et non, comme souvent, notamment en France, à priori. Mais elle restera impitoyable, il ne faut pas se leurrer. 
    Attention toutefois au risque du "si tu veux, tu peux" (je n'y crois pas, et c'est dangereux). Cela fait retomber sur nombres de personnes une responsabilité tronquée. Des externalités nombreuses font que le facteur chance/opportunité/contexte reste important. 
    Curator. Juste un moyen de faire parler du phénomène. Tout marche pas symbole. C’est très bien joué et de bonne guerre de tenter de trouver un « nouveau terme » pour synthétiser un sujet. CM, c’est pareil. Etc. 

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